GUIDE D’ACHAT DU VINTAGE

 

Le marché des montres d’occasion est en plein essor, attirant passionnés et novices, ainsi que de nouveaux venus intrigués par des prix inférieurs (10 à 50%) à ceux du neuf.

Le domaine des montres « vintage » demeure toutefois l’apanage de collectionneurs et investisseurs éclairés.

Souvent ces modèles, qui ne sont plus produits, indiquent 30, 50, 70 années au compteur. Des pièces horlogères chargées d’histoire, n’est-ce pas, qui grâce à la qualité de leur fabrication, ont su traverser les époques bellement.

Il est des modèles qui défraient régulièrement la chronique, en raison des montants astronomiques qu’ils atteignent à l’occasion de ventes aux enchères réputées.

Ce marché des montres vintage devient, volens nolens, l’objet de convoitises des néophytes ou tout simplement d’acquéreurs moins « érudits ».

Nous invitons les nouveaux et futurs propriétaires à se poser préalablement les bonnes questions.

LES ENJEUX

Bien, vous y êtes. Vous êtes en train d’apprécier la différence entre un modèle neuf, presque commun pour ne pas dire banal, et un modèle vintage, empli de passé et quasi unique. Allons, vous franchissez le pas, à la recherche de la toute première acquisition.

Seulement, la montre désirée est-elle authentique ? Dans quel état réel se trouve-t-elle ? Son prix est-il justifié ? Dans le fond, est-ce un investissement financier judicieux ?

ÊTRE LUCIDE

Pour commencer, évitons d’entrevoir dans l’acquisition d’une pièce vintage un investissement financier. Parce que, très honnêtement, à l’exception de certains modèles rarissimes, il est difficile de prédire une plus-value à la revente. En revanche, un modèle bien choisi ne devrait pas perdre sa valeur.

Le principe cardinal consiste à se faire plaisir, prendre pour le temps pour soi, avant tout ! Choisissez un modèle qui vous plaît, pour ce qu’il est, et ce qu’il représente.

Garder simplement à l’esprit l’idée que deux critères suprêmes participent fortement à la tenue de sa cote dans le temps : I) un mouvement mécanique,  soit manuel soit automatique) II) une pièce suisse née d’une illustre manufacture.

L’AUTHENTICITÉ

L’authenticité est un critère majeur, auquel nous aimerions néanmoins apporter une réserve.

En effet, la plupart des modèles aujourd’hui vintage ont été réalisées entre les années 40 et 70. Ce n’est qu’une décennie plus tard que l’ouverture des frontières commerciales a contribué, peu à peu, au développement de contrefaçons venues à 90% d’Asie. Peu de doute, sur ce sujet.

Par contre, un autre type de contrefaçon circulait jadis : les inscriptions fallacieuses « Swiss » ou « Swiss made » imprimées sur les cadrans de marques méconnues. Prenez garde donc à celles-ci, à l’instar des pseudos mentions  « ébauche suisse » qui laissent croire que l’article répondrait aux exigences du fameux label.

L’ÉTAT DE MARCHE

On s’attachera à contrôler la régularité de la marche, et même l’état visuel du mécanisme si vous êtes en mesure d’ouvrir le fond du boîtier à l’aide d’une fine lame. Quant à la régularité de marche, justement, il faut vérifier que l’avance ou le retard de la montre n’excède pas 1 à 2 secondes sur quelques minutes.

Il est important également d’observer le fonctionnement des complications : remise à zéro du chronographe ; changements de date ou des disques lunaires ; rythme normal, etc.

Notons que la poussière et la dégradation de la qualité de l’huile destinée à lubrifier les rouages altèrent les pièces du mécanisme. Un service de révision est recommandé tous les 5 ans.

Étant donné l’âge de ces pièces, il serait bien sûr déraisonnable d’attendre que le vendeur fournisse un historique des entretiens réalisés. Aussi, la réparation de certaines grandes complications sont coûteuses. Il serait sage, en tous les cas, de prévoir une révision de votre acquisition l’année qui suit son achat. Coût minimal d’une révision simple : 100 euros.

LE BOÎTIER

Première particularité des modèles vintage : le diamètre du boîtier. Jusqu’au milieu du siècle, une taille respectable était de l’ordre de 33-34mm, avant de tendre ensuite vers des tailles plus généreuses de 34-35 millimètres. Nous sommes loin des standards modernes de 42 mm environ ! Puis l’on s’habitue rapidement au raffinement de ces tailles contenues.

Toujours au sujet du boîtier, méfiez-vous des grosses rayures, ou à l’inverse des traces d’un polissage abusif qui aurait déformé les lignes originelles. Au même titre, soyez vigilant quant aux matériaux du boîtier : en or, il justifie naturellement une cote plus élevée ; même si le modèle est plaqué, parce que l’épaisseur de celui-ci représente aussi un critère de prix (de 5 à 20 microns d’épaisseur généralement).

LE CADRAN

Deux « écoles » s’affrontent ici. Question de goût, tout compte fait.

Les uns préfèrent des cadrans marqués par les années, quelques piqûres charmantes ou une patine (couleur subtile conférée par l’effet du temps) participant de l’immense plaisir à porter une montre visiblement « historique ». D’autres privilégient une dimension plus « lisse », avec un cadran immaculé ou tout du moins sauvegardé des signes typique à l’ancienneté.

Dans tous les cas, si le cadran est restauré, assurez-vous que cela soit effectué dans les règles de l’art, et souvenez-vous que cette réfection touche malheureusement à la baisse la valeur de la pièce. Coût minimal d’une réfection de cadran : 100 euros.

COURONNE, VERRE & FONDS

Vérifiez la présence des couronnes de remontoir et des fonds de boîtier originaux qui représentent une plus-value, ou qui en leur absence devraient attirer d’autant plus votre attention sur l’état du mécanisme. Jeter un œil sur l’état du verre. Généralement en plexiglas, il se polit très facilement par lui-même. Dans l’hypothèse qu’il soit de verre, l’opération est plus délicate et impose parfois son remplacement. Coût minimal d’une couronne de remontoir d’origine : 40 euros.

BRACELET & BOUCLE

Si les bracelets d’origine étaient en cuir, matière fragile par nature, les modèles vintage auront rarement leur bracelet d’origine. Or, s’ils étaient équipés d’un bracelet en acier, il convient aussi d’être regardant sur sa provenance et son état, puisqu’une partie était réalisée en acier plié, lequel est sensible au niveau des articulations.

L’origine du bracelet peut représenter une plus-value, à défaut un bon bracelet se trouvera dans une fourchette de prix allant de 20 à 200 euros (d’un cuir de veau à une peau plus exotique comme l’alligator). Une boucle originale sera également préférable. Éventuellement difficile à retrouver, il en coûtera 40 euros pour une simple boucle ardillon ; près de trois fois plus cher pour un modèle déployant.

BOÎTE & PAPIERS

Une fois encore, à cause de l’ancienneté, il est franchement difficile de trouver des boîtes et papiers originaux. D’ailleurs, comme ils sont très rares et convoités, ils ont un prix qui justifie une plus-value de 20 à 35%, mais à condition de respecter scrupuleusement la combinaison initiale. Pour vérifier cet aspect, une recherche internet sera pratique mais pas forcément ultra fiable.

 

 

LANCEZ-VOUS !

En conclusion, ces différents aspects indissociablement techniques et esthétiques, ne doivent surtout pas être un frein à votre futur achat. Il vous donne, bien au contraire, la possibilité d’apprécier avec justesse la valeur d’une pièce en vente. Vous avez les clefs en main.

Alors, un coup de cœur mais subsiste quelques doutes ? N’hésitez pas à nous écrire.

Ces montres sont presque toutes uniques, elles portent une âme, pour ainsi dire, avec l’empreinte de son créateur, la griffe de son façonneur ; la morsure du temps. La chance de retrouver exactement le même modèle l’année suivante est mince.